Pour aller plus loin après l’article précédent, je vous invite à lire l’interview de Bertrand Martinot, co auteur de la note de l’Institut Montaigne avec Marc Ferracci. Économiste reconnu, délégué général à l’emploi et à la professionnelle (DGEFP) de 2008 à 2012 et ex-conseiller social du président Sarkozy (2007-2008), il a répondu aux questions de Management de la Formation

Extraits :

Management de la formation : – Le CPF sera-t-il un outil de sécurisation des parcours ? 

Un constat s’impose. En France, le nombre d’actifs moins qualifiés est très (trop) important au regard de l’Allemagne par exemple. Comme je le précise dans Chômage : inverser la courbe*, sur la tranche d’âge 40-65 ans, 20 points peuvent séparer les deux pays. En France, si l’on prend les 45-54 ans, 32% de cette tranche d’âge n’a pas de diplôme du deuxième cycle du secondaire contre 13% des Allemands (Regards sur l’éducation 2013, OCDE). En fléchant davantage de fonds vers le qualifiant, le niveau général de la qualification des adultes pourrait s’accroître, et c’est indispensable.

Cela étant, le CPF souffre de plusieurs insuffisances qui en limitent grandement la portée.

La première est que le CPF, malgré sa portabilité, ne devrait pas fondamentalement changer la situation des chômeurs vis-à-vis de la formation. En effet, son adéquation a la réalité concrète et individuelle est assez théorique. Même si le compte d’un chômeur atteint 150 heures, qui pourra abonder son compte s’il a besoin de suivre une formation de 400 heures ? Certes, le FPSPP mobilisera théoriquement 300 M€ ayant pour vocation exclusive l’abondement des CPF des chômeurs, mais cela va se faire essentiellement par redéploiement de ses ressources actuelles. Les régions, l’État, Pôle emploi seront également mis à contribution. Mais, compte tenu de leurs contraintes budgétaires, il y a fort à parier que leurs abondements au CPF ne seront que du recylage des crédits existants.

Deuxième limitation, le CPF restera un instrument rigide et très intermédié du fait des listes qui ne répondront pas nécessairement aux aspirations des individus. On est encore loin d’une ouverture du marché de la formation…

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