Seconde missive numérique du nouveau collaborateur du DLN : Kurtis Nioutonne. Bonne lecture…

En sortant de cet entretien, j’ ai repris ma route, mon parcours en pensant à ce passé pas si distant finalement. Regard dans le rétroviseur. Rapide flash-back vers un futur dont nous venons.

Au début était la FAD… Sans appétit féroce d’apprendre, la modalité par correspondance était peu gouteuse car restreinte à l’échange plus qu’au partage. Du one to one. Difficile, non, impossible de parler de communauté d’apprentissage comme à la Weber.

A l’arrivée du net, la s’est “Ouverte” aux ressources disponibles sur le réseau que l’on pouvait désormais partager ou précisément intégrer dans un dispositif. Avec les problématiques des droits d’auteurs qui n’étaient ni plus ni moins que celles de l’édition. Maintenant sont apparus les créatives commons…

Nous étions à l’aune de la FOAD, du e-learning, avec cette première turbulence sémantique puisqu’il aurait été plus juste de traduire cette praTIC par e-training. Car on apprend dans sa tête, ses mains, ses pieds, son corps, ses tripes, son coeur, ses émotions mais certainement pas…en ligne. Dans learning by doing où est le e-doing ? On nomme cela livrable en gestion de projet. Et qu’est ce qu’apprendre si ce n’est….un projet, un objectif ? Une destination ? Une raison d’avancer ? D’atteindre et d’obtenir. Nous verrons que ceci n’est que prétexte, un artefact.

Ce fut la première illusion. Ou plutôt désillusion…  Celle d’un nouvel eldorado pédagogique, d’un far triple West qui allait permettre aux apprenants, sans se déplacer, d’accéder aux savoirs. Un voyage immobile. De personnaliser leur apprentissage et ainsi de les remettre au centre du dispositif. Il suffit de lire tous les livres blancs qui tombent chaque jour sur le sujet. Enfin grâce au voilà que notre apprenant, notre cible, notre client, va enfin se retrouver au centre du dispositif. Whouahhh. Je pourrais faire de la spéléologie littéraire sur le sujet on aurait les mêmes écrits depuis que le réseau des réseaux existe. Mais maintenant c’est à moindre coût ! D’abord faudrait savoir ce que l’on compte et comment. Nous en reparlerons…

Mais c’est justement sans compter sur la nature même de l’acte d’apprendre et oublier qu’Internet ou pas,  nos apprentissages sont naturellement personnels même s’ils se construisent à plusieurs, nous n’apprenons qu’ensemble et ne pouvons apprendre à la place de personne d’autre, qu’apprendre est un acte social… Et sociétal. Ce que l on nomme désormais le social learning, revenu à la mode suite au massive learning qu’illustre le phénomène des Moocs que l’on qualifie meme de coopératifs. Des fois que… C’est dire. Petit rappel de base : on retient mieux les savoirs produits que ceux reçus. La théorie du maître ignorant….je vous laisse chercher.

Entre temps devant les veines tentatives du Rapid learning qui vantait la capsule vidéo avec des vrais morceaux de compétences dedans, puis du micro learning, tout le monde s’accorde désormais sur un mix learning, blended, le tout sur fond de mobile learning, sans oublier le social learning et bientot les big data et leur deep learning. Les avancées de l’Intelligence Artificielle nous annoncent l immersive learning (genre patron incognito 😉 ou mieux car la technologie existe, l’adapative  learning. Mais là où l’illusion persiste, voir se renforce en fait, c est quand se confondent, ou dit autrement, se retrouvent, se rapprochent, le tactile et le numérique.

Désormais l e-llusion est plus que parfaite. On touche (c’est dire si la distance s’est réduite) nos objets d’apprentissage. Les écrans tactiles nous font croire que nous possédons la connaissance, la compétence au bout des doigts, pour ne pas dire DU bout des doigts.

Ce n est qu’une illusion de plus qui renforce cette cognitive proximité. Le savoir, son usage, sont en nous. Nulle part ailleurs. Apprendre ne consiste pas à retenir. C est une condition nécessaire. Pas suffisante. Ce que j essaye de dire, entre les lignes de cette missive numérique,  c’est que dans un dispositif d’apprentissage, ce qui compte ce sont bien sûr les objectifs, la destination. Mais  le plus important, l’essentiel même, c’est le voyage, le parcours. Demandez à Christophe Colomb. C’est là, à chaque pas, chaque avancée, chaque recul aussi, chaque prise de risque, au travers des péripéties individuelles et collectives que se forgent les acquis. Et internet n’y est pour rien dans tout ceci. C’est son usage qui fait toute la différence.

A peine le temps de remonter le temps que j’étais déjà arrivé. Le plus important ce n’est pas la distance. Nous sommes tous distants de nos objets d’apprentissage. Non ce qui compte c’est le premier pas.

 

Kurtis Nioutonne, pour MC…