La révolution numérique en cours, chacun se mêle au peloton pour participer à la grande bataille. Chacun souhaite faire partie des pionniers de l’éducation numérique (10 ans trop tard…); à moins que ce soit la crainte de louper le train et de passer pour un has been, ou bien encore la volonté d’appartenir à cette communauté 2.0, que dis-je ? 3.0, 4.0, bref je sais plus où on en est…
Une fois n’est pas coutume, je vais m’appuyer sur mon quotidien professionnel pour illustrer mes propos.

Pas une journée sans qu’un professionel de la formation m’interpelle sur sa volonté de “faire” de la formation à distance (quand ils ne me sortent pas des termes à faire palir les Einstein du elearning : “on veut monter une offre 3.0, basée sur du blended à fort caractère social, une sorte de mix learning enrichie, alternant capsules de savoir et… !”). Après tout, c’est une formidable idée, donc étudions votre projet, et je vous présenterai nos solutions. “On dispose de nombreuses ressources (entendez par là des PowerPoint) et on souhaite donc les convertir (ok, mais en quoi ?) et les diffuser en ligne.” Me voilà rassuré ! L’apprentissage en ligne serait donc tellement simple. Suffit de diffuser un PowerPoint sur le web et le tour est joué !

Dommage que cet exemple ne soit pas un cas isolé ou une situation exagérée pour illustrer des propos. Il est tout ce qu’il y a de plus réel. Pire encore, certains “gros” OF entendent vraiment en faire leur stratégie : “transformer leurs cours présentiels”… Des organismes de formation consulaires qui mettent en ligne leur contenu sur un drive/dropbox, et HOP ! “On fait de la formation en ligne !”. D’autres qui utilisent des plateformes LMS antédiluviennes… l’AFPA qui déploie une offre basée sur le Cloud du géant américain Google et ses google apps, et qui les finance avec… ah non, ça c’était dans un article précédent !).

Et depuis peu, la révolution MOOC est passée par là et il y a maintenant ceux qui veulent “créer leurs propres MOOCS”. Moi : “vous entendez quoi par Mooc ?” – Le client : “Ben un Mooc, une formation en ligne avec des vidéos du formateur qui commente sa formation. Nos clients n’auraient plus besoin de se déplacer du coup…” – Moi : “Ok, la vidéo du formateur qui commente sa présentation est un élément fréquent des Mooc (ex : les vidéos de Remi Bachelet dans le MOOC GDP, j’y étais !), mais ce que vous me décrivez n’est pas un MOOC pour autant… – Le client : “Ok ben c’est pas grave on veut juste faire la même chose, les vidéos, les quizz, les badges…”.

Tout le monde veut faire de la formation en ligne, peu importe les moyens…

Conclusion du mouvement : à peu près tout le monde veut faire de la formation en ligne, peu importe les moyens… PEU IMPORTE LES MOYENS : c’est bien ça le problème. J’ai suivi, consulté, visionné des cours en lignes, et le moins que l’on puisse dire c’est que j’ai vu des choses en pensant qu’elles avaient été faites soit par des enfants (j’ai rien contre les enfants…), soit  par des adultes … mais une quinzaine d’années en arrière ! Et parfois même, les mentions suivantes finissaient de m’achever :

  •  “Créé avec le concours de nos équipes pédagogiques, nos équipes multimédias, nos partanaires…” : ben mince alors, pas un seul de vous ne s’est rendu compte que vous avez pondu un navet ?
  •  “Ce contenu est la propriété de …, il est donc interdit de le réutiliser en dehors …” : Ne vous inquiétez pas…

Après cette touche d’humour, on va revenir à nos moutons, et je vais évoquer un article rédigé par Matthieu Bonne, sur son blog : Le MOOC idéal. Après avoir suivi une trentaine de MOOC, il a tenté de dresser le portrait du MOOC idéal. Les propos et les réflexions de Matthieu peuvent d’ailleurs s’appliquer à la formation à distance en général. Il présente le MOOC comme un produit, et j’irai plus loin en le présentant comme un média.  C’est donc le minimum que de produire des “supports de cours dignes de 2014”, entendez par là des supports de cours de qualité professionnelle, et encore mieux, des contenus pensés pour une diffusion en ligne !

Le problème essentiel, c’est que derrière les terminologies “formation à distance”, “elearning”, ‘FOAD”, “MOOC”… on met tout et n’importe quoi. Prenez un PowerPoint créé à la va vite, mettez le en ligne, vous avez une formation à distance. Déposez des fichiers sur un drive et donnez un accès aux apprenants, vous avez une formation à distance. Faites bosser une équipe complète articulée autour d’un ingénieur pédagogique spécialisé en formation à distance, crééz du contenu de qualité, tant sur la fond, pensé par des experts métiers, que sur la forme, travaillée par une équipe webmédia, et faites animer cette formation par une équipe pédagogique aguerrie, et bien vous avez aussi une formation à distance. Peut être donc qu’il conviendrait de normaliser, ou du moins de définir des critères de qualité et les caractéristiques qui permettent d’afficher ou non les mentions Formation à distance, MOOC…

Le MOOC est un média…

Pour en revenir à l’article de Matthieu Bonne, je vais citer les points suivants, qu’il considère parmi les éléments essentiels du MOOC idéal, et je vais les généraliser à la formation à distance :

  • Les supports de cours : les PowerPoint de niveau scolaire (vous savez ceux surchargés en texte, avec un habillage graphique façon Hello Kitty et des effets spéciaux… très spéciaux !), les infographies de qualité médiocre, les vidéos réalisées dans le garage de la grand-mère avec le caméscope de Tatie Daniel, un son  façon transistor des années 40 (Ok, ça peut avoir du charme)… Je le répète, Matthieu Bonne voit le MOOC comme un produit, moi je le vois plus comme un média. Média dans le sens où il convient de travailler son message et son contenu pour toucher sa cible. La difficulté est que cette cible n’est pas forcément captive. En salle, si vous n’intéressez pas votre public, peu de chance qu’il quitte l’assemblée dès les premières minutes d’ennui. En revanche, à distance, si après 30 secondes de vidéos, vous sentez l’ennui venir, PAF, vous fermez la fenêtre et passez à autre chose. Prenons l’exemple du MOOC, c’est d’avantage du Mass Média (et c’est un métier que de faire du mass média) que du Massive Course (Pour Massive Online Open Course). Imaginez-vous donc visionner une pub ou une émission dans laquelle la vidéo est pixelisée, la voix off ennuyante et les animations vieillotes. Ben vous zappez et cherchez à trouver mieux ailleurs.
  • Des enseignants performants : sur ce point là, que l’on soit en salle ou à distance, ça me parait primordial. En plus de maîtriser son sujet, l’enseignant doit savoir animer son contenu, le “vendre”, capter son public, dynamiser la formation : être un orateur. Si en plus il est filmé, il faut qu’il possède un minimum de charisme, et si c’est pas son fort, qu’il mette toute les chances de son côté : un prompteur pour regarder la caméra plutôt que ses notes, un micro-cravate plutôt que le casque façon geek / jeux vidéo, une bonne diction et du DYNAMISME ! Suivez une formation animée mollement, même par le meilleur des experts, et vous perdrez très rapidement le fil jusqu’à abandonner.

Et je rajouterai de respecter une règle essentielle :

  • Citer ses sources. Utiliser si possible du contenu que vous pouvez exploiter (Creative Commons).

 

Pour conclure ce billet, étant donné qu’il est impossible de faire un contrôle qualité de masse, peut être serait il envisageable, comme je le dis plus haut de codifier et normaliser la formation à distance pour encadrer les pratiques, et limiter les dérives qui au final cause du tort à la profession en proposant une offre illisible, dans laquelle il y a “à boire et à manger”, ou “tout et n’importe quoi, surtout n’importe quoi”.

Et vous, partagez-vous mon ressenti sur la qualité médiocre de certains contenus ? Quels éléments essentiels caractérisent un contenu de qualité ? Quelles actions pourraient être mise en place pour contrôler et encadrer l’offre proposée ?